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De tempérament discret, GM
Kim est pourtant une personne réputée et incontournable puisqu'il
est, entre autres, Chairman du Comité Technique de la W.T.F (Fédération
Mondiale de Taekwondo) et fondateur de l'Académie Mondiale de Taekwondomudo ayant son siège à Darlington en Angleterre.
Il réside lui-même à Paris. Cet article concerne tous les pratiquants de
Taekwondo qui comprennent qu'il ne suffit pas de savoir donner un coup de
pied ou de poing mais qui cherchent également l'aspect philosophique de leur
pratique.
GM
KIM,
vous avez dit ressentir chez tous les pratiquants et cela dans plusieurs
pays, la volonté de travailler différemment et de rentrer dans la vérité de
l'art martial. Que voulez-vous dire par-là ?
Depuis que l'idée olympique est entrée dans l'esprit des pratiquants de
taekwondo, c'est la notion de sport qui est venue tout primer. Or cette
dérive sportive a quelque peu fait oublier le côté martial de notre pratique.
En 6 à 8 mois, bien entraîné, un élève de bonne constitution peut parvenir à
faire un coup de pied correct. Si les arts martiaux n'étaient que cela, s'ils
se réduisaient à donner un coup de pied ou de poing, à quoi bon dans ce cas
les pratiquer pendant autant d'années ? En fait, si certains élèves me
suivent depuis des décennies, il faut sans nul doute l'attribuer à une
pratique moins superficielle.
Par exemple, si l'on ne veut pas réduire son geste technique à une simple
gesticulation, il faut savoir contrôler sa propre respiration. La pratique
des arts martiaux ne peut être que factice si l'on n'arrive pas à contrôler
sa respiration : c'est un gage de santé, de longévité et d'efficacité dans
les frappes que l'on peut être amené à donner. Par ailleurs, le Taekwondo est
une méthode d'éducation. Les professeurs qui n'ont pas de principes d'éducation
ne sont pas de véritables professeurs et, en tout cas, quoi qu'ils en disent,
ne seront jamais des Maîtres. Être Maître n'est pas simplement un niveau
technique ou un degré d'ancienneté, c'est un niveau de vie.
Comment pouvez-vous
concilier le Taekwondo sport olympique et le Taekwonmudo
: Taekwondo traditionnel ?
Le but de mon Académie, l'Académie Mondiale de Taekwonmudo
n'est pas de s'opposer à la W.T.F (World Taekwondo Fédération) mais de
compléter son action et d'exister en parallèle. En effet, ils sont de plus en
plus nombreux ceux qui ne peuvent ou qui ne veulent pas suivre l'entraînement
élitiste de la compétition de haut niveau et qui aspirent plutôt à une
pratique martiale " en profondeur", à une pratique raisonnée
d'autodéfense conservant les vraies valeurs de l'art martial coréen.
Quelles sont-elles ?
Il est écrit que tout le monde, une fois né, meurt un jour ou l'autre. Tout
est tracé d'avance. Nous savons le début et l'aboutissement de notre chemin.
Le problème est de savoir ce que nous allons faire en cours de route. Avant
que n'arrive ce jour fatal que personne ne souhaite, comment doit-on vivre ?
Il appartient à chacun de faire son choix : veut-on vivre comme un esclave ?
Comme un homme libre ? Comme un animal cherchant seulement à contenter ses
besoins ? Veut-on se conformer aux idéaux du bien et de la justice ? Ou alors
vivre comme un malfrat ? Bien sûr, on comprendra rapidement qu'il faut
choisir de vivre en étant juste, sans se laisser perturber par l'opinion et
les ragots des autres auxquels on prête bien souvent trop d'importance.
Posons-nous la question : Tous ces gens qui nous jugent, qui rapportent des
rumeurs sur notre compte, qui nous envient, qui nous jalousent, peuvent-ils
prendre la responsabilité de notre vie ? Sont-ce eux qui vont déterminer le
cours de notre existence ?
Qu'est-ce que le
"Mudo" ?
"Mudo" veut dire "Art Martial".
Beaucoup sont surpris que nous voulions lancer le Mudo
parce que tous sont convaincus de pratiquer déjà un Art Martial. Ils ne se
rendent pas compte qu'ils croient en faire un, alors qu'ils ne font en
réalité qu'un simulacre.
Qu'est-ce véritablement que l'art martial ? C'est recevoir l'enseignement du
maître, se soumettre à l'entraînement et créer un nouveau départ avec ses
expériences acquises. Apprendre à ne pas parler ni penser à une part
importante dans l'éducation martiale. Ce sont alors les yeux qui s'attachent
à tout ce que vous devez capter. Alors votre cœur s'oriente là où votre
regard se pose. Apprendre une chose est facile, la maîtriser est difficile.
"Do" signifie "Chemin" : Autrement dit, il ne faut pas
s'arrêter malgré les obstacles qui surviennent tout au long de sa pratique :
manque de constance, paresse, changement de temps, soucis de la vie quotidienne,
etc. Tous ces prétextes doivent être surmontés, tout en conservant respect,
modestie et vertu. Ce n'est certes pas facile mais c'est la condition pour
élever sa capacité et son niveau. N'interrompez pas votre entraînement, il
faut s'entraîner sans arrêts malgré la neige ou la canicule. Le Maître est
celui qui vous guide jusqu'à la porte de la connaissance; libre à vous
ensuite de la pousser ou non. L'entraînement dépend de vous.
Sur quoi doit-on
s'appuyer pour progresser dans sa pratique ?
Discipline et persévérance sont les clés des arts martiaux. Sans discipline,
les relations Maître-élève deviennent factices et la progression difficile.
Sans la patience, la persévérance, il ne peut y avoir de niveau réel : ce que
vous avez appris en une journée, répétez-le 10 ans. C'est le secret de la
réussite. Après avoir appris quelques rudiments techniques, beaucoup trop de
gens s'improvisent professeurs d'arts martiaux et, dans une précipitation
irréfléchie, égoïste et trop souvent intéressée, coupent toute relation avec
leur Maître originel. Ile ne pensent trop souvent
qu'à leur profit et à leurs intérêts personnels. Ils jalousent même ceux qui
s'entraînent effectivement ! On est fidèle à son Maître et à son école
jusqu'à la mort : telle est la philosophie première du guerrier, telle est la
loi des arts martiaux. Sinon où est la gratitude de l'élève envers le Maître
qui l'a formé sans mensonges et sans tromperies ? Personne n'est né de façon
spontanée, par ses seuls efforts. Rares sont ceux qui ont pu grandir normalement
sans avoir été élevés par quelqu'un. Il faut toujours se rappeler les efforts
qui ont permis au disciple d'exister aujourd'hui. Or trop souvent on oublie
que pour enseigner il faut de véritables connaissances ; enseigner la façon
de donner un coup de pied ou un coup de poing est facile mais enseigner la
vie demeure le plus difficile à faire. Liée à la discipline, la courtoisie
également est un des principes premiers des arts martiaux. On enseigne la
politesse avant les techniques et chacun devra s'exercer à acquérir la vertu
avant de maîtriser les techniques. Dans l'art martial, tout débute et tout
finit par la politesse. Acquérir la vertu, respecter le Maître, prendre en
considération le "do" (chemin, voie), se fier à ses amis, avoir honte
d'utiliser l'art martial pour son propre compte, consacrer sa vie à faire le
bien autour de soi, se mettre du côté de la justice, aider les plus faibles
que soi, tels sont les préceptes de l'art martial, du Mudo.
Un professeur qui aurait un élève sans vertu, envers lequel il ne pourrait
avoir nulle confiance, ne pourrait qu'être rempli de honte.
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